LE PROJET PÉDAGOGIQUE
L’EESAB est un établissement d’enseignement supérieur, un lieu de formation et de d’échange pour les pratiques amateur, un acteur de la formation professionnelle dans le domaine de la création artistique. L’école organise de manière différenciée mais coordonnée ces trois modes d’accompagnement et de formation des artistes, auteurs, créateurs. Des relations se créent entre ces champs d’activité qui permettent des échanges stimulants, inter-générationnels, impliquant praticiens amateurs, professionnels et étudiants sur les question liées à la pratique de l’art.
Le projet ici détaillé est celui de l’enseignement supérieur.
Le récit comme champ d’exploration
Le récit peut être supporté par le langage articulé, oral ou écrit, par l’image, fixe ou mobile, par le geste et par le mélange ordonné de toutes ces substances ; il est présent dans le mythe, la légende, la fable, le conte, la nouvelle, l’épopée, l’histoire, la tragédie, le drame, la comédie, la pantomime, le tableau peint…, le vitrail, le cinéma, les comics, le fait divers, la conversation.
Barthes, Poétique du récit, 1966.
Le récit c’est la présentation d’événements, en utilisant des formes comme le texte, les mots, les images, les sons etc.
- Quand passe-t-on d’une adjonction de formes à un récit ?
- Quelle expérience particulière ce passage constitue-t-il ?
- Peut-on partager cette expérience avant tout singulière ?
Ces questions et bien d’autres animent les échanges entre enseignant·e·s, étudiant·e·s, artistes et auteurs invités. Les étudiant·e·s qui souhaitent se consacrer davantage à l’expression de l’expérience singulière choisiront plutôt l’option art, ceux qui s’intéressent davantage aux
« transports en commun », au partage, opteront plutôt pour l’option communication.
Chaque année les journées d’étude “L’expérience du récit” invitent des créateurs de différents champs d’expression (arts visuels, musique et composition sonore, écriture…) à venir témoigner d’une expérience de récit particulière.
Dans l’Athènes d’aujourd’hui, les transports en commun s’appellent metaphorai. Pour aller au travail ou rentrer à la maison, on prend une « métaphore » – un bus ou un train. Les récits pourraient également porter ce beau nom : chaque jour, ils traversent, ils organisent des lieux ; ils les sélectionnent et les relient ensemble ; ils en font des phrases et des itinéraires. Ce sont des parcours d’espaces.
Michel de Certeau, L’invention du quotidien, 1990.
Images et textes
La richesse des rapports parfois conflictuels entre image et texte sous-tend de nombreux projets mis en place à Lorient. La collaboration entre une option art et une option communication produit des objets hybrides qui interrogent le contemporain et la prééminence de l’image ou en tous les cas ce que WTJ Mitchell nomme le « tournant iconique ». Si l’écrit est un mode fondamental pour transcrire une démarche de pensée, de synthèse ou d’analyse, l’image en est un autre. Conjointement abordés ils permettent dans une approche complémentaire de mettre en place des formes narratives, documentaires ou analytiques linéaires ou non-linéaires inattendues, comme en témoigne le renouveau contemporain de la bande-dessinée ou encore des nouvelles disciplines comme le design d’information.
C’est dans cette optique que l’équipe pédagogique a souhaité mettre en place une nouvelle mention pour le DNSEP : “Arts visuels pour le journalisme”.
Pédagogie de projet
- Les enseignements permettent d’aborder le « récit » dans l’ensemble des champs de la création visuelle, de l’image imprimée à l’animation en passant par la vidéo, le volume ou la typographie. Certains apprentissages sont accentués, le dessin, les techniques de production d’images, les rapports image-texte dans des configurations spatiales étendues et la mise en perspective historique et conceptuelle des productions artistiques. Les cours permettent d’acquérir des compétences techniques et conceptuelles de création plastique, de maîtriser les outils de création, de les adapter ou d’en créer de nouveaux.
- La pédagogie a pour objectifs l’acquisition et la construction de méthodes, il s’agit d’apprendre à apprendre, d’envisager le travail artistique comme une démarche raisonnée. Elle met à profit le “mode projet” qui permet aux apprentissages de s’effectuer au cours de la création. L’ensemble des étapes du processus, de la première idée à la mise en espace ou publication du résultat, est l’occasion d’échanges critiques et constructifs avec les enseignants et les autres étudiant·e·s.
- Au cours des études, l’étudiant·e est amené·e à l’autonomie, à la capacité à porter une écriture singulière, à exprimer une vision particulière du monde. Cette autonomie et cette singularité sont mises en jeu dans des pratiques et projets collectifs souvent en lien avec des structures partenaires pour de projets “à échelle 1”. Stages et partenariats mettent les étudiant·e·s en situation professionnelle dans le champ de la création artistique, mais aussi de la médiation et de la transmission.
L’imagination est un principe de déplacement de soi, dans un autre temps et dans un autre espace. C’est le contraire du hic et nunc (ici et maintenant), c’est in absentia (en l’absence), nous ne sommes pas là, on se projette dans un temps futur où éventuellement on reconstruit un passé et on se met dans des espaces éventuellement différents.
Pierre-Michel Menger
(https://www.franceculture.fr/emissions/imaginations/pierre-michel-menger-les-problematiques-des-imaginations - 08/07/2018)
Un lien avec la formation professionnelle
L’EESAB Lorient accueille plusieurs formations professionnelles. Ce fut le cas en 2019 avec Startmotion, la formation professionnelle des techniciens polyvalents de l’animation volume, conçue et portée par Films en Bretagne (association des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, Bretagne). Cette formation technique et professionnelle est en pleine cohérence avec son projet pédagogique et ses équipements, elle permet d’envisager des passerelles avec ce sympathique champ d’application des compétences artistiques. A cette occasion des studios permettant notamment la production de films en animation volume ont été aménagés grâce au soutien des collectivités territoriales.
ART & COMMUNICATION, DEUX OPTIONS COMPLÉMENTAIRES
Il est important de savoir se repérer parmi les possibilités professionnelles nombreuses du champ de la création. Les options Art et Communication, présentes à Lorient pour le cycle DNA visent à permettre un premier positionnement professionnel des étudiant·e·s. Art et communication font référence à des univers professionnels distincts mais complémentaires. Les compétences artistiques générales développées par les étudiant·e·s durant leurs études en école supérieure d’art sont pleinement pertinentes et reconnues. Les enseignements permettent également d’acquérir des compétences techniques spécifiques indispensables pour une bonne inscription dans ces champs professionnels.
- L’option Art va accueillir des démarches personnelles construites sur les questionnements individuels du créateur. Ces questionnements souvent liés aux évolutions de la société font écho aux interrogations collectives. En cohérence avec le projet pédagogique, l’option art accentue les pratiques contemporaines du dessin, les arts graphiques, la photographie, la vidéo et le volume dans un rapport constant aux espaces et aux lieux du récit. La pédagogie est moins liée à la contrainte externe et vise à développer une autonomie durable dans la production de formes artistiques originales.
- L’option Communication accueille les créateurs, les auteurs qui se situent comme des intermédiaires. Ils ou elles mettent leur écriture personnelle au service de projets visant à “produire du commun”. Cette option est mise en œuvre à Lorient avec un appui particulier sur le design graphique et la création d’images (fixes, actives, interactives) et la question de l’adéquation entre les contenus et leurs modes et conditions de diffusion renouvelés par la technologie. Les enseignants stimulent la capacité des étudiant·e·s à s’approprier un exercice contraignant (techniques, sujets, formats, commanditaires…), à y répondre en dépassant la commande initiale par une approche personnelle et pertinente.
- Les étudiant·e·s partagent les mêmes ateliers polyvalents jusqu’en deuxième année. Les enseignements théoriques sont majoritairement communs et tous obligatoires : Histoire des arts, Méthodologie et analyse des images, Anglais. Un enseignement théorique spécifique complémentaire est apporté en option communication. Le document de troisième année qui est pris en compte pour le passage du diplôme prend une forme différente selon les options.
- Chaque option impose de suivre certains ateliers hebdomadaires spécifiques et les entretiens de suivi sont également adaptés aux enjeux des options.
- Pour les stages les étudiant·e·s sont orientés vers des environnements professionnels en cohérence avec l’option choisie.
Une réunion de présentation conjointe des deux options a lieu au début du second semestre. L’étudiant·e se détermine à l’issue de la première année.
Le choix de l’option peut éventuellement être révisé sur demande écrite à l’issue du semestre 3.
Par ailleurs, un·e étudiant·e ayant obtenu un DNA dans une option peut postuler au cycle long dans une autre option, sous réserve de la décision de la commission d’entrée en second cycle.
Les champs de réflexion et d’expérimentation
- Les Ateliers de Recherche et de Création (ou ARC) sont proposés en 3e année et 4e année ; chaque ARC est coordonné et développé par un ou plusieurs enseignants. Des étudiant·e·s de 5e année y sont associés. L’étudiant·e choisit de s’investir dans deux ou trois ARC selon l’année, le semestre et le développement de ses projets.
- Les ARCs sont des espaces d’interaction, de confrontation des idées, et de renouvellement des démarches créatives ; ils sont conçus comme des moments d’échange, de transversalité, d’expérimentation, d’acquisition de techniques particulières. Étudiant·e·s et enseignant·e·s y mènent un parcours de création faisant fructifier erreurs et hasards heureux, connaissances et découvertes, maladresse et savoir-faire. Ces ateliers peuvent bénéficier des compétences d’artistes invités ou de personnalités extérieures. Des sessions intensives de travail (workshops), sont parfois associées aux ARC.
La pratique des récits
Le récit contemporain est caractérisé par l’hybridation des genres, des moyens et des supports. Des genres car il emprunte aussi bien à l’histoire, au roman, à la philosophie, à l’essai, à la poésie, à la psychanalyse, aux sciences humaines, à l’enquête documentaire, au reportage. Des moyens car il utilise textes, images, sons, actions, chorégraphies, objets, environnements pour créer ce qu’il convient désormais d’appeler des expériences narratives. Hybridation des supports enfin, car le même récit se déploie sur différents écrans, sur l’architecture, sur le papier ou encore dans les airs.
- ARC Enquête, nouvelles formes documentaires et pratiques de l’archive
- ARC Narratio et recitatio et pulp fiction et storytelling et...
- ARC Ici et maintenant, le temps des autres.
- ARC Tables à desseins
Éditorialisation
Il s’agit d’expérimenter les nombreux dispositifs, conditions techniques et culturelles d’agencement de contenus (documents, créations, citations, processus), susceptibles de produire une édition à l’époque contemporaine.
- ARC Radio Freneza viva
- ARC L’Hôtel de Paris
- ARC images, espaces, récits
- ARC Dispositif
- Aux 4 coins et autres combinaisons” est consacré à la création contemporaine céramique
Cette année, un nouvel atelier de recherche, “Parallèles” vise à mettre en œuvre une dynamique interdisciplinaire entre les étudiants en second cycle (années 4 et 5) et des enseignants (ou étudiants) de l’Université.
Les ateliers intensifs et workshops
- L’équipe pédagogique propose au cours de l’année des ateliers intensifs menés par un ou deux enseignants et parfois liés à la présence d’intervenants extérieurs ou de conférenciers. Ces ateliers, périodes de production intensive et concentrée, sont rassemblés sur quatre semaines chaque semestre. Ce sont des semaines atypiques, particulières et intensives ou API. La plupart sont ouvertes aux étudiant·e·s de plusieurs années.
- Certains ateliers concentrés qui ne concernent qu’une année d’étude peuvent se dérouler durant les semaines de bilan des autres années.
Les intervenants extérieurs apportent des compétences et des connaissances mais aussi, surtout, l’expérience d’un parcours de créateur qui permet d’élargir l’imaginaire professionnel des étudiant·e·s.
ADOSSEMENT À LA RECHERCHE
La pédagogie de projet mise en œuvre à l’EESAB s’appuie sur une interrogation régulière d’un certain nombre de champs de connaissance et de terrains d’expériences. Nourris par leur pratique de créateurs, de chercheurs, de critiques, les enseignants élaborent des dispositifs qui font explicitement référence à la notion de recherche. Il tentent ainsi de mettre en évidence l’apport spécifique de la pratique artistique à notre connaissance du monde.
L’Expérience du récit
Depuis 2012, dans le cadre du projet de site et de l’ARC « narratio & recitatio & pulp fiction & storytelling… », nous avons initié un temps d’échange en invitant des personnalités, pendant deux à trois journées, à nous faire partager leurs réflexions, leurs pratiques, leurs analyses d’œuvres plastiques et littéraires. Ce sont les séminaires l’Expérience du récit. Chaque séminaire fait l’objet d’une publication.
Documents, écrits, mémoire
- L’équipe pédagogique met en avant la nécessité de documenter le travail plastique. L’étudiant doit, au fil du cursus, construire un rapport professionnel à la création. Documenter par tout moyen à sa disposition le travail participe de ce processus. Les différentes étapes, les pistes laissées de côté, les trouvailles heureuses, les rencontres avec une œuvre, un auteur, un artistes, un texte, un chercheur, une idée... tout cela concourt à l’évolution de la production.
- Chaque année, l’étudiant·e doit réaliser un document de synthèse, alliant fond et forme pour proposer une vision structurée des éléments accumulés. Ce document peut prendre des formes multiples intégrant l’écrit dans diverses proportions. L’animation, l’interactivité, la vidéo, le dessin, le texte, le son sont autant de modalités qui, associées, permettent d’envisager des objets de connaissance singuliers et stimulants.
- Selon les année du cursus, ce document prend différentes appellations, oscillant entre l’austérité trompeuse du mémoire, l’étrangeté morphologique des miscellanées et spicilèges, la troublante simplicité de l’album ou du cahier, ou la neutralité apparente de l’objet ou du document.
- Il s’agit, en tout état de cause, de mettre en avant la capacité de chacun à proposer des contenus structurés selon une logique accessible et constituant un ensemble que l’on peut situer et relier dans l’ensemble plus vaste des connaissances humaines.
Rencontre avec le dessinateur Nono, Master Art mention Arts visuels pour le journalisme, 2018